« Rien ne sert de restructurer les dettes africaines si c’est pour en contracter plus envers la Chine » (E. Macron)

La rédaction

Alors que l’Afrique connaît une crise sanitaire sur fond d’insécurité notamment dans le Sahel, une réunion s’est tenue cette semaine à N’Djamena sur la lutte contre le terrorisme. A cet effet, Emmanuel Macron a exposé la vision de la France concernant la restructuration des dettes africaines.

Lors de la conférence du G5 Sahel qui s’est tenue les 15 et 16 février 2021 à N’Djamena, le président français Emmanuel Macron (photo) s’est à nouveau exprimé sur la question de la dette africaine. Selon le dirigeant, la restructuration des dettes des pays du continent ne doit pas conduire à la contraction de plus de dettes auprès d’autres créanciers.

« Rien ne sert de restructurer les dettes africaines à l’égard de l’Europe et des Etats-Unis si c’est pour contracter plus de dettes à l’égard de la Chine. Ce qu’on a quand même très souvent vu faire, ces dernières années », a déclaré le chef d’Etat français, répondant aux questions des journalistes le 16 février.

Cette déclaration fait référence aux résultats de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) lancée entre la fin des années 90 et le début des années 2000 pour annuler la dette de plusieurs pays africains notamment, dont les niveaux de dettes étaient considérés comme insoutenables.

Malheureusement, quelques années après la fin du programme, les économies africaines se sont massivement et rapidement à nouveau endettées auprès d’autres créanciers, notamment chinois. En raison de ses méthodes d’octroi de prêts plus faciles, plus importants et affranchis des contraintes souvent mises en place par les pays occidentaux pour accorder leurs financements, la Chine est généralement accusée d’enfermer les pays du continent dans le piège de la dette.

« C’est une catastrophe sur le plan financier et une catastrophe sur le plan de la souveraineté », a déclaré Emmanuel Macron lors du sommet de N’Djamena.

Cependant, force est de constater que des chiffres souvent contradictoires sont avancés sur la part de l’empire du Milieu dans la dette du continent. Une situation qui contribue à jeter le flou sur ce que les pays africains doivent réellement à leur premier partenaire commercial.

Pendant que de nombreux médias parlent de 40% de la dette totale du continent, des chercheurs avancent plutôt un chiffre de 17% tandis que d’autres estiment par contre qu’il n’est actuellement pas possible de dire avec exactitude quelle est la part de la Chine dans la dette africaine.

De son côté, Emmanuel Macron considère qu’actuellement, il est essentiel que la Chine continue à participer à toutes les initiatives du G20 sur la restructuration des dettes africaines. D’ailleurs, selon la Banque mondiale, Pékin détient 63% de la dette totale due aux pays membres de l’organisation, contre seulement 45% en 2013.

Il faut « continuer le travail de restructuration des dettes africaines. Ce travail, s’il doit être efficace, nécessite d’avoir tous les créanciers autour de la table […]Le moindre projet doit être un projet qui inclut toutes les formes de dettes […] Nos partenaires chinois ont jusqu’à présent continué d’avancer avec nous là-dessus et je souhaite qu’on puisse dans le cadre du G20, mais aussi par la poursuite de négociations ad hoc, continuer à restructurer les dettes africaines ».

500 milliards de droits de tirage spéciaux

Alors que de nombreux pays africains estiment que cette initiative est très peu efficace pour résoudre leurs problèmes de financements actuels, le président français a également abondé dans le sens des droits de tirage spéciaux (DTS). Plusieurs experts et des journalistes de l’Agence Ecofin notamment avaient déjà présenté cet instrument du FMI comme une solution pouvant pallier l’insuffisance des moratoires sur la dette, accordés par le G20.

« Le deuxième pilier c’est d’aider sur un plan quasi-monétaire les pays africains, par l’émission des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international. […] ça veut dire que nous aurions l’émission de 500 milliards $ de DTS auxquels nous renoncerions. Parce qu’en fait, ces DTS vont mécaniquement vers les principaux détenteurs [contributeurs, Ndlr] du FMI et donc la quote-part est extrêmement forte pour les USA, l’Europe, et aussi pour la Chine. On engagerait nous européens, un processus de renonciation à ces DTS, les USA feraient la même chose. J’espère qu’on pourra convaincre les Chinois de faire de même pour que l’intégralité de ces DTS puisse aller vers les économies africaines ; ce qui serait un complément très important », a déclaré Emmanuel Macron.

Et d’ajouter : « on ne peut pas permettre à l’Afrique de résister à la crise covid-19, de relancer ses économies avec la pression démographique qu’elle vit si nous ne lui donnons pas des moyens exceptionnels sur le plan financier ».
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