La redaction
La dette et la fuite des capitaux de l’Afrique est une question qui préoccupe les intellectuels. C’est ainsi que, James k. Boyce et Léonce Ndikumana, tous deux des professeurs en économie à l’Université du Massachussetts Amherst ont eu l’idée d’écrire, un ouvrage qui relate ces deux fléaux qui asphyxient le continent africain. Apres la parution de leur ouvrage, les auteurs de la « Dette odieuse de l’Afrique », sont venus à Dakar pour le présenter et le dédicacer. Ainsi, le Dr Cherif Salif Sy est revenu sur quelques points qui expliquent ce phénomène. Le choc pétrolier qui avait secoué le monde a entraîné une situation de turbulence, et il fallait à tout prix trouver des débouchés qui permettront à l’occident de sortir de cette impasse. Il y a eu également la hausse brutale du taux monétaire, provoquant du coup, la crise de l’endettement qui constitue une menace pour le développement.

A la suite d’une démonstration économique, Léonce arrive à montrer que, « l’Afrique contrairement à ce que l’on pense, est un créditeur net du reste du monde et non un débiteur net ». Il existe au préalable, trois conditions à vérifier avant de taxer une dette d’odieuse. D’abord si le pays emprunteur a contracté la dette, sans le consentement du peuple à travers le parlement. Ensuite, si le peuple ne bénéficie pas de la dette. Et enfin, si le bailleur de fonds est au courant des deux premiers points. Alors la dette est qualifiée d’odieuse, estiment les auteurs de l’ouvrage. A titre d’exemple, on peut dire que la dette despotique et la dette criminelle sont des dettes odieuses. En résumé, l’ouvrage de Léonce Ndikumana et de James K. Boyce met en exergue comment, « l’Afrique est le créancier net du reste du monde ». Au cours des quatre dernières décennies plus de 700 milliards de dollars ont fui les pays Sub-sahariens, révèle l’ouvrage. Et le problème principal au demeurant, est que les actifs de l’Afrique détenus à l’étranger sont privés et cachés, alors que ceux de l’étranger à l’Afrique sont rendus publics.
Par ailleurs, selon les deux auteurs, une grande partie de la dette extérieure n’a pas servi au développement, au titre duquel elle a été déboursée. En outre, l’ouvrage indique « qu’en général la moitié de la dette ne quitte pas le pays d’origine, alors qu’elle a été déjà déclarée et signée entre les deux parties ». En définitive, le livre revient sur le lien très étroit qui existe entre les prêts étrangers et la fuite des capitaux. En guise de recommandations, les auteurs sont d’avis que les gouvernements africains devraient répudier ces dettes « odieuses », dont leurs peuples ne profitent guère. A cet égard, la Banque Mondiale (BM), se propose d’apporter une assistance technique aux pays pour le rapatriement des deniers publics. Notons également que ce phénomène de la fuite des capitaux n’est pas seulement africain, les pays du Nord ont eux aussi commencé, à faire plus attention au blanchiment de capitaux. A titre illustratif, l’Amérique a signé une convention avec les banques suisses, pour que ces dernières publient désormais les identités des propriétaires d’avoirs (américains) dans leurs banques. Et c’est un bon exemple, que l’Afrique devrait suivre. Par ailleurs, si le Sénégal n’est pas pour le moment indexé dans ces pratiques, les deux auteurs plaident pour un renforcement de l’activisme de la société civile et des médias et la mise en place d’un système juridique indépendant.
Sokhna Seck